Dans les archives de Match – Il y a 40 ans, la fin tragique de Joëlle d’«Il était une fois»

«J’ai encore rêvé d’elle»… Il y a 40 ans disparaissait Joëlle Mogensen, chanteuse du groupe «Il était une fois». 

Fragile et fantasque, elle reste à jamais l’inoubliable fée blonde de la pop music française. Pour Joëlle, tout a commencé par une histoire d’amour. En 1969, adolescente, elle rencontre à Saint-Tropez le guitariste Serge Koolenn, qui devient son compagnon. Avec des copains, ils montent un groupe de rock dont elle sera à la fois l’égérie et la chanteuse : « Il était une fois ».

Le succès arrive soudain, foudroyant, en 1972. De « Rien qu’un ciel » à « Viens faire un tour sous la pluie », de « Say mama » à « J’ai encore rêvé d’elle », leurs chansons, qui parlent toutes d’amour, sont autant de triomphes. Mais, en 1978, Joëlle et Serge se séparent. Pour « Il était une fois », c’est la fin du conte.

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La jeune femme entame une carrière en solo, mais la magie n’est plus au rendez-vous. Désarroi, déprime. Le 15 mai 1982, Joëlle est retrouvée morte, victime d’un œdème pulmonaire dans des circonstances mal élucidées. Elle avait 29 ans. En 2000, notre journaliste Caroline Mangez avait publié une longue enquête sur ce destin tragique…

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Voici l’enquête consacrée à la mort de Joëlle Mogensen, tel que publiée dans Paris Match en 2000.

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Paris Match n°2673, 17 août 2000

Il était une fois, Joëlle

Par Caroline Mangez

«Maintenant, il faut laisser la petite dormir, il ne faut rien faire», dit Claudia Mogensen qui vient d’enterrer sa fille, Joëlle, 29 ans, le 24 mai 1982. Des années plus tard, au cimetière du Montparnasse, l’homme a dépassé la tombe de Marguerite Duras. Celle de Sartre n’est pas loin de celle de Simone de Beauvoir, tiens là, il y a Jean Carmet, et aussi Maupassant, Saint-Saëns. Mais c’est allée de l’Ouest, devant une dalle de granit toute scintillante qu’Antonin Nicol (*), spécialiste des ours des Pyrénées, historien de formation, a une révélation. «Comme un flash. Je n’ai jamais été ce qu’on peut appeler un fan de Joëlle et de “Il était une fois”. Je la trouvais jolie, comme tout le monde. Mais en passant devant sa tombe, je me suis senti soudain envahi de la mission de l’arracher de l’ombre.»

Antonin Nicol a refait tout le parcours de la chanteuse, météore fulgurant dans les salles de show-business, star à 18 ans, disparue onze ans plus tard dans des conditions glauques. De la naissance de Joëlle, Thérèse, Choupay-Mogensen, le 3 février 1953 à 15 heures, à New York, quartier de Westchester, jusqu’à l’Institut médicolégal où son corps est autopsié le 18 mai 1982.


Descente triomphale des Champs-Elysées, en 1979, pour les sœurs Mogensen. De g. à dr.: Dominique, Joëlle, Katja et Natasia.


©
Benjamin Auger / Paris Match

Il était une fois… Joëlle. Fille d’Herbert Mogensen, né en 1922 dans une famille aisée de la banlieue chic de Copenhague, et de Claudia, née en Syrie en 1933, d’un père officier supérieur de l’armée française, envoyé ensuite à Haiphong, Vietnam. La grand-mère maternelle de son père était chilienne, de souche française; et sa mère, fille de baron allemand. Résistant en 1939-1945, Herbert reçoit l’autorisation exceptionnelle d’entrer aux Etats-Unis pour services rendus auprès des renseignements américains. Il y termine ses études de commerce. Le couple réside ensuite à Dakar jusqu’en 1951, avant de retourner à Paris. C’est là que Joëlle est conçue.

A Saint-Tropez surgit une Mustang rouge

L’été 1952, Herbert Mogensen, nommé haut fonctionnaire à l’Unicef, rembarque pour les Etats-Unis. Joëlle y fait ses premiers pas à Long Island, dans la propriété d’Oscar Hammerstein II, avec piscine, tennis, bateau. En 1954, naît une première sœur, Dominique, et trois ans après, Natasia.

Les Mogensen reprennent la route. Destination le Danemark. Leur quatrième enfant, Katja, y voit le jour en 1962. Joëlle fréquente l’école religieuse Saint-Joseph de Copenhague. Avec sa mère qui l’emmène au spectacle, elle se frotte aux strass, ne manque pour rien au monde une émission de variétés à la télévision. A la chorale, une sœur dominicaine remarque ses dispositions pour le chant et la musique. Noël 1965: première guitare. «Vous verrez, d’ici à six mois, je chanterai sur scène en m’accompagnant moi-même», dirat-elle au pied du sapin. Elle tient sa promesse et se produit quelques mois plus tard sur la scène d’un cabaret du port. Un jour, ses parents, stupéfaits, la découvrent au milieu du parc de loisirs Tivoli, chantant en duo du Bob Dylan avec sa sœur Domino. Tout cela ne l’empêche pas d’être première à l’école. De cette époque, elle dira : «Je suis entrée très vite dans la vie d’adulte, j’ai l’impression d’avoir effleuré l’adolescence.»

Journal intime, 1966: «Il s’appelait Jörgen, il avait 16 ans. Nous nous étions connus au lycée. […] Naturellement, ce qui devait arriver arriva : c’était la première fois. […] J’ai eu une super peur.» Février 1967: Thomas, étudiant, 20 ans. Ils montent un groupe quand il part pour l’armée, quatre mois plus tard. Décembre 1967, son cœur bat pour Erik.

Anglais, danois, allemand, français, espagnol, italien : à 16 ans, Joëlle parle six langues. Elle pourrait être championne de natation au Danemark où elle s’entraîne avec l’équipe olympique, mais sa passion, c’est la chanson. 1968. En France, on fait la révolution, elle entre à la Radio nationale danoise comme choriste. L’année suivante, elle se partage entre Monaco, où son père réside officiellement, et Port-Grimaud, où sa mère vit, 51, rue de Lislelongue, avec ses sœurs. Elle nage avec délectation dans la même eau que les stars de Saint-Tropez. Un jour, à la terrasse du café Le Gorille, Joëlle et Domino voient surgir une Ford Mustang rouge, intérieur cuir blanc. Au volant, Serge Koolen, un petit brun, cheveux noirs, bouc et moustache : à son côté, un autre garçon, Riquet.

« Polnareff nous avait prêté sa voiture, raconte Serge. Avec mon pote bassiste, on roulait nos caisses. On est passés à l’attaque! La première phrase que j’ai dite à Joëlle, c’est : “Je veux vous épouser”. Elle répond : “Ça vous ennuierait si je disais oui? Eh bien, c’est oui!”»

A 16 ans, Joëlle se prépare à neuf ans d’amour avec Serge. Domino, 15 ans, en pincera pour Riquet, qui lui fera trois enfants. Vu par Serge : «Le soir de la rencontre, on les retrouve à se tortiller sur la piste du Voum-Voum. On les rebranche et on les emmène dans un petit hôtel pour leur “faire la joie”.»

Vu par Joëlle : « J’ai trouvé ça formidable, mais, le lendemain, j’ai déchanté. Mes parents m’ont punie. Ils m’ont interdit de sortir. Cela ne m’a pas empêchée de faire le mur pour le retrouver, j’en étais folle.» Quelques jours plus tard, à la faveur d’un bœuf entre copains, Joëlle demande une guitare et entonne «Vent frais, vent du matin», version anglaise. «Elle jouait et chantait super bien. On était sur le cul.»

Une longue période amour et eau fraîche

Fin de l’été. Serge rentre chez sa mère, à Colombes, et Joëlle aux Beaux-Arts, à Marseille. Elle n’a qu’une idée en tête : rejoindre ce saltimbanque de six ans plus âgé qu’elle, décrit dans «Salut les copains» de 1976 comme «cabochard, entêté, généreux et franc, celui qu’on adore ou qu’on déteste». Elle a choisi son camp…

Période amour, eau fraîche. «On habitait un deux-pièces sans salle de bains, se souvient Serge. Ma pauvre maman dormait dans la salle à manger pour qu’on ait notre chambre et, chaque matin, elle, qui se levait à 6 heures pour partir travailler à l’Urssaf – deux heures de transport aller, deux heures retour —, nous laissait 5 francs pour deux sandwiches.» Inséparable de son copain d’enfance de Colombes, Richard Dewitte, alias Riton, Serge continue de tourner avec son groupe, Jelly Rolls, dans les spectacles de Polnareff.

«Novembre 1970. Michel, en pleine dépression, arrête de bosser et on se retrouve au chômage. J’appelle à la rescousse mes copains de Saint-Raphaël… Et nous voilà à La Playa. Riton était aux disques – maintenant, on dit “D.j.” – Joëlle et moi au bar. Rouveyrolis, devenu depuis un des plus grands éclairagistes au monde, servait.» Hiver de cette même année, même combat dans un bar de l’Alpe-d’Huez. Entre-temps, Serge « tombe sur un copain qui fait des spectacles de strip-tease aux Folies Pigalle, mais “classieux, façon théâtre d’avant-garde”, précise-t-il. On l’a fait deux mois. Quatre tableaux racontant l’histoire du cinéma. Ça commençait en poncho par “Il était une fois dans l’Ouest” avec un harmonica de 2 mètres de long. Un triomphe. Joëlle était artiste nue. Son père, qui est venu, a trouvé ça très bien.»

Le 14 avril de cette année-là, 1971, Joëlle et Serge sortent un 45-tours en duo. Huit cents exemplaires vendus et, deux mois plus tard, ils retrouvent un autre copain d’enfance de Serge, Lionel Gaillardin. «Il nous emmenait en boîte, payait tout, bossait dans l’usine de son père, installateur de système d’air conditionné, mais ne rêvait que de musique. C’est ainsi qu’un soir de novembre, sur un délire autour d’une table de bistrot, est née l’idée du groupe», raconte Serge.

Distribution des rôles : Joëlle, chant, Riton, chant et batterie, Serge et Lionel, chant et accompagnement, Bruno Walker, basse, et Christian Burguière, piano, très rapidement et respectivement remplacés par Jean-Loup Dronne, dit «Loulou» et Daniel Schnitzer.

Serge veut l’appeler « Marabounta », comme ces hordes de fourmis qui ravagent tout sur leur passage. «Trop exotique», estiment les autres. Allusion aux contes de fées, au risque d’être éphémères, tous s’accordent sur « Il était une fois ». Une alchimie très étudiée. Style : rock soft avec un zeste de country et un soupçon de variété. « On analysait tous les groupes qui marchaient. On prenait des notes, une véritable étude de marché. On a piqué au Martin Circus l’idée des costards de scène et on s’est inspirés de la rythmique de Triangle.» Lionel vend sa Morgan pour acheter du matériel, répète la nuit, travaille le jour. Marie, sa femme, chanteuse au « Firmament» avec son tube « Soleil», leur offre, royale, 10 000 francs. La M.j.c. de Colombes leur laisse sa salle de spectacles. La nuit de Noël 1971, « Il était une fois » entre en scène lors d’un gala à Dieppe. Six jours plus tard, ils passent au Golf Drouot.

«Rien qu’un ciel», tube de l’été 72

1972: Joëlle remporte, devant 3 000 concurrents, le concours «Futures vedettes», organisé par «Salut les copains» et Pathé-Marconi. On lui fait enregistrer un 45-tours : un bide. Pour boucler les fins de mois avec Serge, elle continue les galères, comme chaque week-end, Chez Dan, une discothèque de L’Aigle en Normandie, où quelques-uns des meilleurs groupes français viennent se produire. Elle monte parfois, en fin de soirée, sur le petit podium. Tout s’enchaîne. Sacha Distel accepte de les parrainer, Aldo Martinez de les manager; Pierre Bourgoin met gratuitement à leur disposition studio d’enregistrement et techniciens pour faire le premier album. « Huit pistes, impeccable, explique Serge. Richard avait inventé un air, la version rock d’une chanson de Marcel Amont. Il nous le fait écouter un après-midi. A minuit, “Rien qu’un ciel” était chanté, mixé. Sans ce titre, il n’y aurait pas eu de phénomène, juste un bon album.»

«Rien qu’un ciel», tube de l’été 1972, passe en boucle sur toutes les radios. «Sûrs de rien, on était partis faire la saison en Corse, nourris, logés, 250 francs par jour pour tout le groupe… Septembre, on rentre à Paris et, chez Pathé-Marconi, voilà qu’on nous déroule le tapis rouge. C’était parti… On n’en revenait pas.» Le courrier s’amoncelle à leur porte, les téléphones n’arrêtent plus de sonner. Les journaux et la télé de l’époque se les arrachent.

« Que fais-tu ce soir après dîner ?», « Say mama», «Téléphone», «Elle», «Viens faire un tour sous la pluie », « Toi et la musique », «Pomme»: de 1972 à 1979, ils collectionnent les succès populaires. Dans les sondages, leur cote atteint 92%. En 1973 et en 1974, ils sont en tête du référendum de « Salut les copains » devant Demis Roussos, les Martin Circus et même Pink Floyd et les Stones!

« J’ai encore rêvé d’elle », 1 million de disques en trois mois, leur apporte la consécration en 1975. Ils se retrouvent à l’affiche du mythique Olympia, suivent, en tournée, les vedettes du moment, Julien Clerc, Joe Dassin, Johnny Hallyday. Les journées de vacances sont rares. Dès qu’elle le peut, Joëlle part se reposer à Chalopin, la maison de l’Yonne achetée avec Serge, qui y vit encore. Elle cuisine pour les copains qui passent : Carlos, le styliste François Girbaud, C. Jérôme, Hugues Aufray, Dick Rivers ou Christophe, qui gare sa Rolls devant les péquenots ébahis.

Au Japon, sur les pochettes de disques, on lit : «Joëlle et son orchestre». Une autre fois, en partance pour un gala à Genève, on la place en première tandis que les autres volent en classe touriste. Johnny en est dingue et, pour son anniversaire, Mick Jagger lui envoie de Londres, par courrier, un foulard. 1,67 mètre, 48 kilos, sexy dans des boxer-shorts de satin qu’elle porte avec des bottes cow-boy, photogénique, télégénique, elle cherche à être – et y parvient – la lumière de «Il était une fois». Prise dans l’engrenage médiatique, elle se coupe, petit à petit, de ses acolytes sans toutefois supporter les répétitions, les décisions prises en son absence. Ses colères sont terribles. A partir de 1976, son couple avec Serge se lézarde. Ils se quittent définitivement en 1978. La vie du groupe devient difficile.

Pressée par les requins du métier d’entamer sa propre carrière, Joëlle oscille entre exaltation et dépression. Des rumeurs commencent à circuler selon lesquelles elle se drogue, boit. Elle devient «Joëlle… tout court». Plus de groupe pour la protéger. Paumée, elle demande conseil à ses parents. Herbert négocie son plan de carrière et son contrat avec Eddie Barclay. «Vingt bâtons d’avance et 16 000 francs par mois. Elle nous payait les restos, continuait de venir à Chalopin et faisait la fanfaronne : “Tiens, j’ai une télé demain…”», se souvient Serge qui n’a jamais cessé de la voir. Un an plus tard, en 1980, Barclay prend sa retraite et Joëlle se retrouve sans mentor dans la profession. Pierre Billon l’aide à achever un album. Elle vit seule avec sa poupée de chiffon dans un studio, rue Parmentier, à Neuilly. Son premier 45-tours, «Tu sonnes», ne marche pas autant qu’elle l’espère, mais la rengaine publicitaire qu’elle enregistre pour vanter les produits Danone – «Kochira Kissui No Paris» (« Ici, c’est bien Paris ») – fait un triomphe au Japon : elle projette de travailler avec Michel Berger, hélas trop accaparé par sa nouvelle égérie, France Gall.

Mal entourée, mal conseillée et seule

1981: nouveau producteur, nouveau 45- tours. «Homme impossible» boitille, tout comme sa vie sentimentale. Beaucoup d’hommes passent. Les doutes persistent, les invitations professionnelles se font plus rares, le téléphone plus silencieux, les nuits plus sombres. Il lui arrive alors d’enregistrer sur magnéto des cris de douleur, ses propres pleurs.

« Comme toutes les femmes en galère, raconte Serge, Joëlle s’est alors fait couper les cheveux. Sur une de ces dernières photos, on dirait Dietrich à 40 ans, sauf qu’elle en a 28. Elle était tellement mal entourée, mal conseillée, seule. Cela dit, Joëlle n’a jamais voulu entendre parler d’enfant pendant sa carrière.»

André, qui fréquente beaucoup Joëlle à ce moment-là, dit qu’en sortant de prendre le thé chez Claudia, sa mère, celle-ci lui lance : «J’espère au moins que vous ne vous droguez pas!» « Des joints et un peu de poudre de coco», reconnaîtra plus tard André. Sans se piquer. Il affirme que c’est tout ce que la chanteuse prenait. En mai de cette année maudite, cependant, c’est lui qui présente à Joëlle un couple avec lequel elle s’enfonce dans la dope. Elle, Charentaise, a pratiquement son âge et travaille dans un magasin de vêtements. Lui, Basco-espagnol, se prétend décorateur d’intérieur et réfugié politique. Il a, en fait, été condamné en 1972 pour trafic de stupéfiants. Les clients privilégiés de ceux que nous appellerons Vera et Peio : les artistes.

Son prochain disque, Joëlle le produira seule, pour être plus libre et que le public la voie telle qu’elle est. Elle s’y prépare, compose des mélodies, écrit des textes dans lesquels elle parle désormais d’amour déçu, de solitude. Entre deux premières parties de tournée, l’une avec William Sheller, l’autre Eric Charden, elle se repose pour préparer la sortie de «Aime-moi» en mai. Le 7 mai 1982, sur la place Gambetta de Denain, dans le Nord, elle apparaît sur scène pour la dernière fois. Ses cheveux ont repoussé. La presse locale commente, cruelle malgré elle : «Un passage trop bref pour l’apprécier pleinement».

Cinq jours plus tard, elle est de nouveau sur la Côte. Dernières photos : le lendemain, avec Michel, son copain D.j. de Saint-Tropez, elle remonte vers Paris, retire 1 000 francs à sa banque. Le 14 au matin, Michel retourne dans le Sud. Elle arrive en retard à France-Inter où elle est l’invitée de l’émission « La fortune du pot ». En toussotant, elle interprète quatre titres, puis rentre à Neuilly où elle reste avec ses sœurs, Katja et Natasia, jusqu’à 18 heures. Elle demande à Katja de s’occuper du chien, Sunny, et prévient qu’elle restera dormir chez Vera et Peio avec lesquels elle doit dîner.

21 heures. A bord de son Austin, jean et Tshirt, Joëlle arrive chez ses amis, au 1 bis, rue Curial dans le XIXe arrondissement. Elle a alors 1500 francs dans son portefeuille. On n’y retrouvera que 2,50 francs après sa mort. Joëlle leur fait écouter un disque, danse, puis ils partent au restaurant Le Pastouga, porte de Vincennes. Elle ne mange qu’un plat. 0 h 45. Vera, Joëlle, Peio, Patsy, une amie, poursuivent la soirée rue Curial. Vers 1 heure 30, Joëlle appelle Michel à SaintTropez et convient de le rappeler le lendemain à midi. 2 heures du matin. Patsy s’endort sur le canapé. Elle dira aux enquêteurs avoir vu et entendu Joëlle sortir quelques minutes avant. Vera et Peio soutiennent la même version : Joëlle est revenue trois quarts d’heure après. 5 heures du matin. Joëlle aurait dit alors : «Je manque d’air. Je me sens oppressée.» Le trio décide de se coucher sur un matelas, à même le sol. Peio le long du mur, Vera au milieu, Joëlle près de la fenêtre. A 11 h 30, Patsy se lève, sort faire des courses. A 12 h 30, quand elle revient, Vera et Peio sont levés. A l’heure du thé, 17 h 30, ils décident de réveiller la chanteuse. Un peu après 18 heures, un appel sur le 17. C’est Vera qui parle : «C’est ici… C’est la chanteuse Joëlle… Elle est morte.» Il s’est écoulé presque une heure entre la découverte du cadavre et le moment où elle donne l’alerte. Sur place, les policiers constatent : ni barbiturique, ni drogue, ni seringue : « La défunte suçait son pouce gauche à la façon d’un enfant.» Déposition de Peio à la police, où il se présente après s’être planqué pendant trente-six heures : «Je l’ai appelée. Elle n’a pas répondu. Je lui ai secoué la jambe. Elle n’a pas réagi […]. J’ai alors constaté qu’elle était froide.»

Au moment où le corps arrive à l’Institut médico-légal, les autres membres de «Il était une fois» fêtent les 40 ans de Jean Pierre Mallejac, leur ancien secrétaire. Ils s’amusent jusqu’à 6 heures du matin sans se douter de rien. A la demande du parquet de Paris, une autopsie est pratiquée le 18 mai. Conclusion du médecin légiste : «Œdème pulmonaire aigu », fréquent chez les personnes âgées, rarissime chez les jeunes. «Aucune trace d’injection, ni de violence […]. Les causes pourraient être la conséquence d’une surdose de drogue absorbée par une autre voie qu’une piqûre.» L’analyse des tissus déposée au tribunal le 12 juillet se révèle négative. Claudia, la mère de Joëlle, n’est pas convaincue. En 1983, elle obtient une commission rogatoire. André, Patsy, Vera et Peio sont réentendus, ainsi que Claude Danu, le dernier producteur de Joëlle. Après un an et demi d’enquête, le non-lieu est prononcé. En 1984, un proche de Joëlle est condamné pour trafic et usage de stupéfiants à Saint-Tropez. En 1986, Vera est arrêtée en Normandie, puis incarcérée pour les mêmes motifs.

Que reste-t-il du groupe? Après avoir tenu le rôle de Marius dans «Les misérables» de Robert Hossein, Riton chante seul dans de petits galas. Lionel, sans Marie, disparue en 1990, tient un studio d’enregistrement à Colombes, celui de Daniel est à Courbevoie. Passionné de voitures et de motos, Loulou a travaillé sur le Paris-Dakar avant d’organiser des compétitions de 4X4. Un temps collaborateur de Jean Roucas sur Europe 1, Serge anime des spectacles pédagogiques en milieu scolaire, écrit toujours des chansons. Il a refait sa vie avec Michelle. Lorsque nous sommes allés le voir à Chalopin, il ne s’est pas étonné. « Les voix brisées ? Vous venez me voir pour qui?» C. Jérôme était l’un de ses meilleurs amis. Il a été à l’école avec Balavoine, a assuré avec Joëlle les premières parties de Joe Dassin, côtoyé Mike Brant et Dalida. Devant le succès «Des plus belles fois», leur compilation, on lui a demandé de reformer le groupe pour tourner dans les bals. Serge a rappelé les autres. Tous hésitent. «Si on le fait, dit-il, on mettra Joëlle sur un écran géant pour qu’elle puisse chanter avec nous.»

(*) «Il était une fois Joëlle…», Antonin Nicol, éd. Pau


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